lundi 25 juin 2012

Le choc carcéral

Il n'aura pas passé 24 heures en prison... Un détenu s'est suicidé dans la nuit du 21 au 22 juin à la maison d'arrêt d'Arras. Il y avait été incarcéré dans la journée. Contrairement à une idée reçue, les détenus qui se suicident ne le font pas en fin de peine, de désespoir, à bout de souffle. Ils passent à l'acte, bien plus, en début d'incarcération. Selon une étude de l'Ined de décembre 2009
"Un quart des suicides a lieu dans les deux mois qui suivent l’incarcération et la moitié dans les six premiers mois, (...) Parmi les détenus, les prévenus, plus récemment incarcérés et en attente de leur jugement, se suicident deux fois plus que les condamnés."  
Car entrer en prison est un moment violent où la personne passe par des rites obligés : ce qu'on appelle "le choc carcéral". elle se dépouille de tout ce qu'elle possède, elle dépose sa véritable identité physique par la vérification de ses empreintes digitales, il lui est attribuée un numéro d'écrou, elle est fouillée "intégralement".


Ce dernier passage rituel est décrit en détail par la circulaire du 14 avril 2011 portant application de la loi pénitentiaire et du décret 2010-1634 du 23 décembre 2010:
« L’agent demande à la personne détenue de passer la main dans ses cheveux et de dégager ses oreilles afin de vérifier que rien n’y est dissimulé. Le cas échéant, il demande à la personne détenue de retirer son appareil auditif. 
Compte tenu du profil de la personne détenue ou de la situation, il peut lui demander d’ouvrir la bouche et de lever la langue ainsi que d’enlever, si nécessaire, la prothèse dentaire. Il effectue ensuite le contrôle des aisselles en faisant lever et baisser les bras avant d’inspecter les mains et lui demandant d’écarter les doigts. 
L’entrejambe d’un individu pouvant permettre de dissimuler divers objets, il importe que l’agent lui fasse écarter les jambes pour procéder au contrôle. Il est procédé ensuite à l’examen des pieds de la personne détenue notamment de la voûte plantaire et des orteils. »  
En quelques heures, les portes se referment, la personne bascule d'un monde à l'autre. Une fois passé le contrôle de l'administration, l'omniprésence du regard des codétenus, des vidéos et des gardiens prend la relève. Plus que les murs, c'est les autres qui font de la prison ce lieu éprouvant, pesant, étouffant. C'est ce passage qu'il faut accompagner sans quoi les personnes les plus fragilisées - et il y a là une sorte de darwinisme carcéral qui s'opère -  tombent d'un monde à l'autre. Elles perdent leurs repères, s'isolent, et s'exposent au suicide. Les plus fragiles meurent, les plus solides demeurent. 


Il convient donc d'améliorer les conditions d'accueil du détenu, notamment lui permettre d'échanger avec ses proches si il en a. Une lettre ou un coup de téléphone, comme le suggère l'association Prisons du Coeur. Le couper de ses attaches est en effet le meilleur moyen de le faire basculer. 

Comme le souligne le récent arrêt du tribunal administratif de Rouen, qui a condamné jeudi l'Etat à indemniser la famille d'un détenu qui s'était suicidé en 2010, les pouvoirs publics assument la responsabilité de l'état physique et mental des personnes qu'elle détient. S'ils n'y prennent garde, ils s'exposent à être de plus en plus régulièrement condamnés.

                                                                                                                      G.D.

2 commentaires:

  1. Je suis passé par ce choc carcéral ,c est une sensation de passer d un monde à l autre ,mais ce n est pas que cela ,le bruit notamment la nuit est omniprésent ,les cris ,les hurlements... Tout cela est difficile à encaisser ...heureusement les "cachets" arrivent vite pour faire oublier tout ça.

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    1. bonjour ,
      dans le cadre de mes études en psychologie , j'étudie l'état de stress post traumatique carcéral et dans cette étude j'aborde la question du choc carcéral. seriez-vous d'accord de m'en donner votre ressentis complet afin de pouvoir réaliser au mieux mon projet d'aide à la réhabilitation ?
      cordialement

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